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Thèse

publié le , mis à jour le

Séparer les moustiques des humains. Co-production d’un nouvel ordre socio-naturel en contexte post-colonial.

[Separate the mosquito from human. Co-production of a new socio-natural order in post-colonial context.]

Thèse soutenue le 04/12/2015

Directeurs :
Laurence Pourchez, Professeure, Inalco (Directrice de thèse)
Marie Roué, Directrice de recherche, CNRS, Muséum national d’histoire naturelle (Directrice de thèse)

Jury :
Igor Babou, Professeur à l’Université de La Réunion (Examinateur)
Vanessa Manceron, Chargée de recherches, CNRS, Paris Ouest la Défense Nanterre (Examinatrice)
Christian Ghasarian, Professeur à l’Université de Neuchâtel (Rapporteur)
Romain Julliard, Professeur au Muséum national d’histoire naturelle (Rapporteur)
Fréderic Keck, Directeur du département de la recherche et de l’enseignement au Musée du Quai Branly (Rapporteur)

Séparer les moustiques des humains. Co-production d’un nouvel ordre socio-naturel en contexte post-colonial.

Résumé :

En 2005-6, le virus du chikungunya, transmis par les moustiques Aedes albopictus, touche 38% des habitants de La Réunion. Cette épidémie marque la fin de l’usage systématique des insecticides et la refonte des politiques de santé. Les pouvoirs publics enrôlent les citoyens et les moustiques dans l’élaboration de nouvelles frontières, matérielles et symboliques, entre les deux espèces. Cette thèse a pour objectif d’interroger les effets de ces changements de pratiques sur les rapports sociaux de pouvoir en contexte post-colonial, et sur les relations entre humains et moustiques.

Pour saisir les dynamiques socio-naturelles à l’œuvre, une ethnographie combinatoire a permis d’observer les co-constructions de savoirs et de pratiques dans plusieurs espaces où s’organise la mise à distance des moustiques. Elle s’est appuyée sur le recueil de discours et l’observation de pratiques au sein du service de lutte contre les moustiques, au cœur d’une équipe de recherche sur la technique de l’insecte stérile (visant à relâcher des moustiques stériles sur l’île) et auprès de non professionnels de la lutte. Une collecte d’articles de presse et d’archives a achevé de constituer le corpus de données.

L’enjeu de cette thèse est de montrer que bien loin d’opérer une simple séparation entre humains et moustiques, les nouvelles pratiques de lutte ont intensifié leurs interactions. En parallèle, elle propose une réflexion sur les dynamiques liées à la coexistence de plusieurs systèmes interprétatifs, permettant d’appréhender – ou non – collectivement la prise en charge du risque épidémique. C’est l’occasion de réfléchir aux relations entre l’Etat, les scientifiques et les citoyens.

Mots-clefs : Lutte contre les moustiques ; La Réunion ; Biopouvoir ; Post-colonialisme ; Gestion du risque ; Co-production de savoirs.

Separate the mosquito from human. Co-production of a new socio-natural order in post-colonial context.

Abstract :

In 2005-6, the chikungunya virus, transmitted by the Aedes albopictus mosquito, affects 38% of the inhabitants of Reunion Island. This outbreak marks the end of the systematic use of insecticides and the consolidation of health policies. Public authorities enlist citizens and mosquitoes in the development of new frontiers, material and symbolic, between the two species. This thesis aims to examine the effects of these changes in practices on the social relations of power in post-colonial context, and the relationship between humans and mosquitoes.

To apprehend the socio-natural dynamics at work, a combinatorial ethnography allowed to observe the co-construction of knowledge and practices in several areas where the distancing mosquitoes gets organized. It was based on the collection of speeches and observing practices in the vector control service, in the heart of a research team on the sterile insect technique (to release sterile mosquitoes on the island) and from non-control professionals. A collection of articles and archives finalized to constitute the body of data.

The aim of this thesis is to show that far from making a simple separation between humans and mosquitoes, new management practices have intensified their interactions. In parallel, it proposes a reflection on the dynamics associated with the coexistence of several interpretive systems, allowing to understand - or not - the collective management of epidemic risk. This is an opportunity to reflect on the relationship between the state, scientists and citizens.

Key words : Vector control ; Reunion Island ; Biopower ; Post-colonialism ; Risk management ; Co-production of knowledge