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Gouverner le vivant (2012-2013)

publié le , mis à jour le

« Gouverner le vivant - Savoirs, Cultures et Politiques de la Biodiversité. » Ce séminaire interdisciplinaire explore les prises et dispositifs (scientifiques, économiques, politiques, culturels…) que mettent en place les sociétés humaines pour gouverner le vivant, du gène à la biosphère. On s’intéressera notamment aux conflits socio-environnementaux autour de la biodiversité et de son utilisation et son appropriation, aux façons de connaître et de manipuler le vivant et aux imaginaires associés, et aux transformations des politiques internationales et des instruments de gestion de la biodiversité (des parcs et banques de gènes ex-situ aux approches participatives et des nouveaux instruments de marché autour des ressources et des services environnementaux). Ce séminaire espère devenir un lieu de rapprochement entre les communautés des sciences sociales et des sciences de la vie sur la gestion de la biodiversité et d’analyses réflexives sur la place qu’y jouent les scientifiques.

« Governing Nature - Knowledge, Cultures and Biodiversity Policies. » This interdisciplinary seminar explores the (scientific, economic, political, cultural…) apparatus and devices that human societies develop to rule life forms, from genes to the biosphere. The seminar will tackle in particular socio-environmental conflicts about biodiversity use and appropriation, the ways of knowing and transforming life forms and the associated representations, and some trends in biodiversity international policies and management systems(from national parks and gene banks to participatory approaches and new market instruments focusing on resources or ecosystem services).This seminar aims at building bridges between life sciences and social sciences communities working on biodiversity management, and at fostering reflexive analyses on scientists’ participation in this field.

Organisation :
- Sarah Benabou (Projet R2DS « Mesurer pour conserver », Centre A. Koyré)
- Valérie Boisvert (IRD, UMR GRED)
- Christophe Bonneuil (CNRS, Centre A. Koyré)
- Denis Chartier (délégation CNRS, Eco-anthropologie & Ethnobiologie)
- Audrey Coreau (AgroParisTech, Centre A. Koyré)
- Elise Demeulenaere (CNRS, Eco-anthropologie & Ethnobiologie),
- Jean Foyer (CNRS, ISCC)
- Frédéric Thomas (IRD, PALOC)


Programme de l’année 2012-2013


22 novembre 2012, 10h30 à 12h30, MNHN

Political ecology de la conservation en Afrique
- Tor Benjaminsen (géographe et professeur des études de développement à l’Université norvégienne des sciences de la vie, professeur invité à l’UMR Eco-anthropologie et Ethnobiologie)
- Gabrielle Bouleau (political ecology, Irstea, UR Aménités et dynamiques des espaces ruraux, Cestas)
- Discutant : Denis Chartier (géographe, Université d’Orléans, Centre d’études sur le développement des territoires et de l’environnement)

Séminaire autour du livre Environnement, discours et pouvoir. L’approche political ecology (Denis Gautier et Tor Benjaminsen (dir.), 2012, Editions Quae, Paris).

A partir d’une étude de cas exposée dans l’ouvrage Environnement, discours et pouvoir, Tor Benjaminsen proposera une Political ecology de la conservation en Afrique. Il confrontera discours et pratiques pour montrer, à partir de l’exemple Tanzanien, les tensions existant entre des discours de conservation « gagnant-gagnant », portés par les gouvernements ou les ONG internationales (et mettant en avant la participation des populations locales aux politiques de conservation et aux bénéfices induits par les aires protégées), et des pratiques souvent plus proches d’une « conservation forteresse ». Si les ONG internationales ou les gouvernements ont souvent intérêt à présenter les aires protégées comme avantageuses pour les populations locales (pour étendre ces dernières, pour capter des ressources financières, pour attirer les investissements écotouristiques, etc.), le résultat de ces politiques de conservation peut conduire à des processus de centralisation (plutôt que l’inverse) ainsi qu’à une marginalisation économique des populations locales (plutôt qu’une atténuation de la misère). Au final, le manque de transparence et d’accountability qui prévaut dans ces politiques de conservation internationales pose un véritable problème démocratique, pour les pays africains, mais aussi pour les pays qui subventionnent ces politiques.

A partir d’autres exemples présentés dans l’ouvrage, Gabrielle Bouleau (une des auteurs de ce livre collectif) prolongera la discussion en montrant l’intérêt de la political ecology, approche qui « conduit à étudier comment les forces en présence à une échelle locale sont influencées par des structures globales (dont les discours font partie) », pour analyser les politiques de conservation de la biodiversité.

La communication de Tor Benjaminsen se fera en anglais, l’intervention de Gabrielle Bouleau et les débats se feront en français.


Jeudi 6 décembre 2012, 10h30 à 12h30, ISCC

Quelles valeurs pour la nature ? Le discours économiciste pose comme évidence que l’on ne peut prendre en compte la nature qu’en lui donnant son juste prix. Nombre d’écologues ont emboité le pas à ce discours et s’emploient à évaluer la valeur monétaire des « services » rendus par les écosystèmes. Quelles sont les limites de ces approches ? Que nous disent les philosophies de l’environnement sur la question de la valeur de la nature ? Comment constituer collectivement un monde commun ? Comment élaborer politiquement ce qui compte, ce à quoi nous tenons ?

- Virginie Maris, philosophe, CNRS, Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive, Montpellier
- Émilie Hache, philosophe, laboratoire Sophiapol, Université Paris Ouest Nanterre La Défense


Jeudi 13 décembre 2012, 10h30 à 12h30, ISCC

Produire la faune sauvage : la conservation en Inde à l’ère de l’Anthropocène

À partir de recherches récentes dans la réserve Kumbhalgarh (Rajasthan, Inde) et du constat que les politiques de conservation de la nature représentent désormais un enchevêtrement de pratiques (préservation, participation, etc.), Paul Robbins se demande si les espaces environnementaux chaotiques et semi-anthropisés (tels que les réserves naturelles) peuvent être contrôlés de manière à protéger les espèces endémiques rares. Ses recherches révèlent que les espèces sauvages plus adaptées au non respect des règles de conservation ou au « pâturage illégal », tels que les loups, les panthères ou les pintades, ont prospéré là où d’autres ont décliné. Cela révèle un système écologique inédit constitué d’éléments sauvages et domestiqués entrelacés au sein d’un patchwork. Ce système n’est pas le produit d’une gestion planifiée mais le résultat de l’émergence spontanée et auto-organisée d’un modèle d’usage des territoires issue des luttes quotidiennes autour des ressources productives et au sein desquelles animaux, communautés locales et forestiers « débordés » parachèvent des compromis, des accords et des arrangements. Cela démontre que si les espèces naturelles ne peuvent pas être préservées, elles peuvent au moins être produites, avec des implications pour la démocratie et la durabilité de « nouvelles écologies ».
- Paul Robbins est professeur et directeur du département Geography and Development de l’université d’Arizona (États-Unis). Spécialiste reconnu dans le champ de la political ecology, ses recherches sont centrées sur les relations entre les individus (propriétaires de maisons, chasseurs, forestiers, etc.), les acteurs environnementaux (pelouses, élans, l’arbre Prosopis Juliflora, etc.) et les institutions qui les connectent. Il a récemment publié la seconde édition de son ouvrage Political Ecology. A Critical Introduction et co-édité avec Michael Watts et Richard Peet Global Political Ecology.
- Discutante : Sarah Benabou, anthropologue, centre Alexandre Koyré


Jeudi 20 décembre 2012, 10h30 à 12h30, MNHN

La fin des organismes modèles ? La biodiversité retourne au laboratoire

Cette séance se propose de revenir sur le « grand récit » de l’histoire de la biologie selon lequel une biologie expérimentale de laboratoire basée sur les organismes modèles aurait supplanté au cours du 20ème siècle l’histoire naturelle. Elle montre notamment comment récemment, avec la logique d’accumulation de donnée (data driven science), le travail de laboratoire se ré-articule avec celui des collections.

- Bruno Strasser, historien des sciences, Université de Genève
- Discutant : Pierre-Henri Gouyon, professeur au MNHN


17 janvier 2013, 10h30 à 12h30, ISCC

Théorie de la résilience et political ecology, complémentarités et contradictions

La théorie de la résilience développée et portée par la Resilience Alliance et la Political Ecology (PE) sont deux courants de recherche en fort développement qui ont en commun d’articuler dynamiques sociales et usage des ressources naturelles. En quoi leurs cadres d’analyse diffèrent-ils ? Dans quelle mesure sont-ils compatibles ? Cette dernière question, largement débattue dans le monde anglophone, a parfois donné lieu à de forts antagonismes (voir par exemple le débat entre Garry Peterson et Alf Hornborg). Il a été reproché à la PE de faire de la politique sans écologie ; et inversement, à la théorie de la résilience, de porter sur les processus sociaux un regard écologique par trop simplificateur. Ces tensions épistémiques pourraient être attisées par l’accueil favorable que reçoit le concept de résilience de la part des institutions qui financent les recherches.

L’objectif de la séance est de clarifier les différences entre ces deux approches, de préciser dans quels champs d’application elles nous paraissent pertinentes, et d’identifier leurs éventuelles complémentarités. Nous avons invité pour en débattre François Bousquet qui mobilise la théorie de la résilience, et qui a dirigé un projet de recherches consacré à la comparaison et l’articulation, à partir d’études empiriques réalisées sur des terrains communs, de différentes approches des « systèmes socio-écologiques » (projet SETER). Une deuxième perspective sera apportée par X. Arnauld de Sartre, géographe qui a mobilisé chacune des deux approches dans son appréhension des services écosystémiques.

- François Bousquet, Cirad, UPR Gestion des ressources renouvelables et environnement
- Xavier Arnauld de Sartre, CNRS, UMR Société, environnement, territoire
- Discutante : Elise Demeulenaere, CNRS, UMR Éco-anthropologie et ethnobiologie


Jeudi 28 mars 2013, 10h30 à 12h30, MNHN

Gouverner l’environnement par les normes et les standards

Qu’est-ce qu’un « soja responsable », une « huile de palme durable », « une bonne pratique » ? Qui produit ces normes ? Par quels types de procédures ? Pourquoi ? Pour qui ?

- Emmanuelle Cheyns, CIRAD, UMR Moisa (Marchés, organisations, institutions et stratégies d’acteurs)
- Allison Loconto, INRA-SenS / IFRIS / Université Paris-Est Marne-la-Vallée
- Eve Fouilleux, CNRS, CEPEL, Université de Montpellier I, associé à l’UMR Moisa CIRAD)
- Discutant : David Demortain, INRA SenS / IFRIS / chercheur associé au Centre for Analysis of Risk and Regulation de la London School of Economics

Emmanuel Cheyns, à partir des outils de la sociologie des grandeurs (Thévenot et Boltanski), analyse les tables rondes multi-acteurs qui produisent les « standards volontaires » que les filières industrielles du soja et de l’huile de palme s’imposent à elles-mêmes pour se déclarer « durables » ou « socialement responsables ».

Allison Loconto et Eve Fouilleux décrivent un acteur important de la standardisation des procédures édictant ces normes, l’alliance ISEAL. Elles montrent que le travail d’ISEAL est de fournir des procédures génériques légitimant les normes produites par ses membres et permettant le même type de labellisation à l’échelle mondiale dans l’objectif de refaçonner la globalisation. L’intérêt d’une telle sociologie est de décrire la standardisation des processus de production de normes sociales et environnementales, et de montrer que cette standardisation ne vise pas à définir le « bien commun » (à partir d’une expertise classique basée sur des données scientifiques et des pratiques d’acteurs), mais à agir rapidement sur les systèmes de production par l’engagement des participants à défendre les intérêts qu’ils représentent...

Alphandéry, P., Djama, M., Fortier, A., Fouilleux, E. (dir.), 2012, Normaliser au nom du développement durable. Dispositifs, savoirs, politiques, Quae Éditions, Paris.


Jeudi 18 avril 2013, 10h30 à 12h30, MNHN

Quelles politiques publiques pour la préservation de la biodiversité ?

Lorsque l’on observe les changements récents des politiques publiques pour la préservation de la biodiversité, on remarque l’apparition de nouveaux objets que sont par exemple les services écosystémiques et les réseaux écologiques, et de nouveaux outils, notamment économiques. L’ensemble de ces évolutions pose la question de l’efficacité des moyens, à la fois publics et privés, permettant l’action en faveur de la biodiversité. Dans ce cadre, des travaux visant à identifier et à réformer les aides publiques dommageables pour la biodiversité (voir le rapport du CAS) et sur la fiscalité environnementale de manière plus générale ont été menés. Quelles sont les implications de ces évolutions ? Une réforme de la fiscalité environnementale est-elle à même de contribuer à l’action en faveur de la biodiversité ?

Guillaume Sainteny, coordinateur du rapport du Centre d’analyse stratégique sur la fiscalité environnementale et auteur de Plaidoyer pour l’écofiscalité (mai 2012) présentera ses travaux sur la réforme de la fiscalité en matière de biodiversité. Dans cet ouvrage, il montre, à l’aide d’exemples concrets, l’efficacité environnementale mais aussi économique de la fiscalité. Il prône une « écofiscalité du possible », privilégiant une modification de l’existant, à pression fiscale constante. Il interrogera la place de la fiscalité dans l’action publique en faveur de la biodiversité.


Jeudi 2 mai 2013, 10h30 à 12h30, MNHN

La montée des instruments de marché et de l’approche par "compensation" dans la gestion de la biodiversité

- Sarah Benabou (Centre Alexandre Koyré-IFRIS)
- Christophe Bonneuil (Centre Alexandre Koyré)
- Benoit Dauguet (Centre Alexandre Koyré)
- Valérie Boisvert (Université de Lausanne)


Jeudi 16 mai 2013, 9h30 à 11h30, MNHN

De la critique écologique du capitalisme à la responsabilité environnementale des entreprises

Ève Chiapello, professeure à l’EHESS, auteure avec Luc Boltanski de l’ouvrage Le nouvel esprit du capitalisme, Gallimard, 1999, édition augmentée parue en 2011, 980 p.


Jeudi 30 mai 2013, 11h à 13h, MNHN

La financiarisation de la biodiversité

- Hélène Tordjman, économiste, CEPN, Université Paris 13
- Mike Hannis, associate lecturer at the Open University, honorary research fellowship in environmental politics and philosophy at Keele University


Jeudi 20 juin 2013, 10h30 à 12h30, MNHN

La gouvernance internationale de la biodiversité depuis 1992

Cette séance est consacrée à une lecture des régimes de gouvernement du vivant depuis une théorie critique de l’économie politique internationale. La gouvernance internationale de la biodiversité depuis 1992 est ainsi analysée dans une perspective néo-gramscienne et régulationniste. Le capitalisme vert qui s’esquisse et les nouvelles formes de relations sociales à la nature peuvent dans cette perspective être interprétées comme relevant de politiques et stratégies postnéolibérales.
- Ulrich Brand (Institut de sciences politiques, Université de Vienne), « Contours of green capitalism : a regulationist and Gramscian perspective »
- Discutant : Nils Moussu (Institut d’études politiques et internationales, Université de Lausanne)

Voir en ligne : Site du séminaire